ENTREES DANS LA DANSE

Quand les corps se mettent à danser



Une exposition de cinéma et de vidéo.

Du 17 Juillet au 14 Septembre 2014
5 route de Saint-Nazaire , Ventenac-en Minervois, 11120.
Tous les jours sauf Lundi, de 15 à 19 heures.

contact@ventenac.net
06 17 34 37 30


Pour sa cinquième édition, Images Ventenac présente des vidéos, dans lesquelles les corps se mettent à danser, entraînés par un contexte urbain, activés par une volonté chorégraphique, un travail de montage, soulevés par la musique ou mus par le désir de créer un espace à soi...
A travers un choix d'oeuvres d'artistes originaires du pourtour de la Méditerranée, c'est le moment particulier où le mouvement devient danse qui est saisi, avec sa charge d'humour et de poésie.


JOINING IN THE DANCE…
A cinema and video exhibition

This exhibition offers to show how the bodies start dancing, activated by an urban context, driven by a tradition, a choreographic will, an editing work, but always here at the center of the works of five artists originating from the Mediterranean basin.

Avec des oeuvres de :


Fikret ATAY, Fast and Best, 2002.

Jordi COLOMER, Un crime, 2004.

Hakima EL DJOUDI, Blida, 2010.

Paolo GIOLI, Piccolo film decomposto, 1986.

Marc MERCIER, Corrida urbaine, 2008.




Cette exposition bénéficie du soutien de la Région Languedoc-Roussillon, du Conseil Général de l'Aude, de la communauté d'agglomération du Grand Narbonne et de la mairie de Ventenac en Minervois.




www.laregion.fr












" ENTRER DANS LA DANSE


- 1 - Marc MERCIER a filmé un agent de police à Ramallah en Palestine (Corrida urbaine).




Celui-ci, au croisement des flux des voitures et des piétons, exécute les gestes nécessaires à leur circulation. Mais, sur la pointe des pieds, cambré et virevoltant, il les transforme en une
étonnante danse urbaine. "J'ai tenté de rendre compte de cette légèreté qui s'élève au-dessus d'une cohue mécanique et vrombissante" écrit Marc Mercier. Et effectivement nous assistons
au moment critique où un ensemble de mouvements codifiés se prolongent et s'amplifient, deviennent autonomes : "le moment où le corps s'élève à sa propre dimension spéculative" (Catherine Kintzler). Une action que l'on peut voir aussi, dans une ville occupée, comme une affirmation politique de liberté et de résistance.

- 2 - Dans l'oeuvre de Jordi COLOMER, Un crime un fait divers sordide est raconté selon un dispositif élaboré : une douzaine de personnes, des anonymes de la vie quotidienne, marchent de front en tenant chacune une grande lettre blanche.





Le groupe forme un mot et, au rythme saccadé de son avancée et du montage, les mots s'enchaînent pour former des phrases. Ainsi les corps véhiculent littéralement le sens et la forme du récit. La marche silencieuse, plus ou moins rapide et chaotique, crée un rythme discontinu, heurté, quelque peu cocasse. En fait : une "chorégraphie". Comme les lettres-objets de carton (?), les corps se présentent comme matière à modeler, déplacer, à danser, objets éminents d'une réalisation, d'une oeuvre. Ils investissent l'espace public, le transforment en scène de tension, leur constante avancée vers le spectateur l'implique dans l'histoire, brouillant les frontières entre fiction et réalité, cinéma et théatre, acteurs et spectateurs...


FAIRE DANSER


- 3 - Paolo GIOLI anime, par un montage très travaillé, les chronophotographies des précurseurs du 19ème siècle : Muybridge, Marey, Eakins...




Ceux-ci mettent en scène un corps radicalisé : débarrassé de ses oripeaux gestuels ordinaires, souligné, rehaussé, isolé sur un fond noir abstrait. Ce dénuement du corps, cette nudité, cette blancheur en font un lieu d'expérience. L'intervention de Gioli, dans Piccolo film decomposto consiste à mettre en mouvement ces images, ces corps. Au-delà de leur succession saccadée, c'est le continuum de "l'entre-image" qui apparaît. Il dévoile une richesse visuelle inattendue, inexplorée: une danse, pleine de tensions entre violence et sexualité.

- 4 - Filmé dans la région kurde de Batman, ville d'origine de Fikret ATAY, Fast and Best nous fait assister à une répétition de danse folklorique.




Ici, c'est l'apprentissage, l'entraînement qui affirment la danse comme une "technique" du corps au sens sociologique de Marcel Mauss : un acte traditionnel et efficace, transmissible car codifié. Dans cette vidéo, on ne voit que les jambes des danseurs/ danseuses. Ils portent des jeans et des basquettes, ce qui signale leur adhésion à la culture mondialisée mais ils apprennent une danse tradionnelle : confrontation, superposition du local et du global. Ces jambes qui sont comme les bielles d'une grande machine collective évoquent aussi bien les défilés militaires que les lignes du music-hall, en tout cas l'imposition d'un langage de pouvoir, celui du collectif, de la troupe.

- 5 - Enfin, Hakima El DJOUDI, avec Blida, semble nous dévoiler le secret de la naissance de la danse.





Filmée dans la moite intimité d'un hammam d'Istanbul, une femme à la longue chevelure, mi chamane, mi Loie Fuller, tourne lentement sur elle-même, en silence, seule. La petite lumière trouble qu'elle tient au creux de sa main fait apparaitre l'espace autour d'elle, dessine l'arabesque d'un mouvement, la forme d'une rose, par le montage continuellement répétées. La danse définit l'espace de sa liberté."

F.M.


"JOINING IN DANCING



- 1 - In Corrida urbaine (Urban bullfight), Marc Mercier films a policeman in Ramallah (Palestine). At the crossroad of cars and pedestrians, he executes the gestures needed to improve traffic flow. But standing on tiptoe, arching his back and twirling, he transforms it into an astonishing urban dance. “I tried to give an account of this lightness which rises above a mechanical and roaring crowd” writes Marc Mercier. And indeed we witness the critical time when a combination of codified movements goes on and develops, becoming self-sufficient: “The moment when the body ascends towards its own speculative dimension” (Catherine Kintzler). An action that can also be seen, in an occupied city, as a political assertion of freedom and resistance.

- 2 - In A crime, a work by Jordi COLOMER, a sordid incident is told with an elaborate device: a dozen anonymous people of everyday life are walking abreast, each one of them holding a large white letter. The group forms a word and, to the rhythm of its move forward and of the editing, the words follow on from each other to form sentences. Thus the bodies literally convey the meaning and the form of the story. The silent walking, more or less fast and chaotic, creates a broken, jerky and somewhat funny rhythm, in fact: a “choreography”. Like the cardboard letters/objects, the bodies are presented as a material - to be shaped, moved, danced, distinguished objects of a creation, a work. They take up public space; transform it into a tension arena. Their constant advance towards the viewer involves him in the story, blurring dividing lines between fiction and reality, cinema and theatre, actors and viewers…



MAKING DANCE



- 3 - Paolo GIOLI livens up, through a very polished editing, the time-lapse photos of the 19th century precursors: Muybridge, Marey, Eakins… The latter present a radicalized body: relieved from its ordinary gestural dress, underlined, brightened up, isolated on an abstracted black background. This body stripping, this nudity, this whiteness turns it into a place of experiment. Gioli’s intervention, in Piccolo film decomposto consists in setting these images, these bodies, in motion. Beyond their jerky succession, it is the continuum of the “between-image” which appears. It reveals unexpected and unexplored visual treasures: a dance, bursting with tensions between violence and sexuality.

- 4 - Filmed in the Kurdish area of Batman, hometown of Fikret ATAY, Fast and Best makes us attend a folk dance rehearsal. Here, it is the learning and training that makes dance appear like a body “technique” according to Marcel Mauss’s sociological sense: a traditional and efficient act, codified thus transmissible. In this video, only dancers’ legs can be seen. They wear jeans and sneakers, which indicates their membership in globalized culture, but they learn traditional dancing: local and global confrontation and superimposition. These legs which are like the connecting rods of a large collective machine, evoke a military parade as well as a music hall line ; in any case the enforcement of a language of power, of the collective, of the troupe.

- 5 - Lastly, Hakima El DJOUDI, with Blida, seems to unveil for us the secret of the dance’s birth. Filmed in the sweaty intimacy of an Istanbul hammam, a long haired woman, half shaman, half Loïe Fuller, is turning round slowly on herself, in silence, alone. The small misty light she holds in the hollow of her hand makes space appear around her. It draws a movement’s arabesque, a rose’s shape, always repeated through editing. The dance defines the area of her freedom."


LES ARTISTES EXPOSES


Fikret ATAY, né en 1976 à Batman, dans la région kurde de Turquie, vit entre Paris et la Turquie.
Dans un environnement d'oppression et de pauvreté, Atay filme de manière improvisée des moments d'affirmation de sa communauté : danseurs traditionnels ou enfants jouant à la guerre. Il dit : "Je vis dans une ville où il est pratiquement impossible de produire de l'art." Il surmonte cette quasi impossibilité dans une oeuvre d'une grande rigueur et simplicité, porteuse d'un message existentiel.

. Fast and Best, 2002, vidéo couleur sonore, 7min 29, en boucle. Prêt de la galerie Chantal Crousel, Paris.


Jordi COLOMER, né en 1962 à Barcelone où il vit et travaille.
Formé à l'architecture et à l'histoire de l'art, il a construit une oeuvre transversale qui englobe de multiples dimensions : photographie, vidéo, sculpture, théâtre, performance... La thématique du déplacement est un leitmotiv de son oeuvre: voyages, projets itinérants, regard distancié sur les grandes métropoles du monde. La modernité mondialisée est son territoire de création.

. Un crime, 2004, vidéo couleur sonore, 4min 40, en boucle. Prêt de la galerie Michel Rein, Paris.


Hakima EL DJOUDI, née en 1977, vit et travaille à Paris.
De vidéos en performances en passant par l'installation H. El Djoudi a une pratique riche et multiple. Au fil de ses résidences, de Séoul à Istanbul, elle a collecté des billets de banque, qui, pliés comme des origamis, ont constituté une "petite armée" universelle. Elle réalise aussi des vidéos à partir de photogrammes extraits des grands films noirs américains, des images d'enseignes clignotantes arrêtées puis projetées dans la ville contemporaine... "Vertige de l'irréel, émotion du cliché, frivolité profonde".

. Blida , 2010, vidéo couleur muette, 1 min, en boucle. Prêt de l'artiste.


Paolo GIOLI,né en 1942 à Rovigo, vit et travaille à Lendinara, Italie.
Peintre, photographe, cinéaste, il invente, expérimente depuis plus de quarante ans diverses techniques dans le champs de l'image en mouvement. Son nom est associé à la Coopérative de cinéma indépendant du Filmstudio de Rome, dans les années 70. Chez Gioli, l'outil-cinéma est ramené à son essence primitive, les images utilisées sont souvent choisies dans le corpus du pré-cinéma. "Piccolo Film decomposto est un de ces films clés qui revisite les images-mémoires d'un XIXme siècle en passe de modernité." (Jean-michel Bouhours).

. Piccolo Film decomposto, 1986, à l'origine film 16 mm noir et blanc muet, 15 min, en boucle.


Marc MERCIER, vit et travaille à Marseille. Depuis 1988, directeur artistique des Intants vidéo numériques et poétiques à la Belle de Mai à Marseille, co-fondateur de plusieurs festivals de vidéo autour de la Méditerranée essentiellement (Maroc, Territoires palestiniens, Liban etc...),il accompagne, diffuse et vit cet art avec passion.

. Corrida urbaine, 2008, vidéo couleur sonore, 3 min 13, en boucle. Prêt de l'artiste.


La Pépinière, images.ventenac fait partie du réseau artcontemporain-languedocroussillon.fr

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